Caroline Fontaine

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"Efflorescences"

"Efflorescences"

Des dilatations, des efflorescences, des formes organiques, cellulaires flottent et affleurent sur le blanc du papier. Sein ou courge, fruit ou fleur, animal ou végétal, organismes étranges pris en flagrant délit de turgescence, se retrouvent épinglés sur la feuille comme d’autres sous la lentille du microscope. Des mamelons dressés, du rose pâle au rouge incandescent ; des poches brunes ou grises, parfois hérissées d’une fourrure vibratile ; une cellule cyclope ; des vases communicants ; tout un univers émerge, non identifié, qui semble à la fois inconnu et familier, toujours éminemment intime. Gorgés de suc, ces organismes mènent une vie propre. Des formes glandulaires s’enflent, des saccules entrent en débandade ou en érection. Des membranes prennent contact, fusionnent ou se touchent du bout des lèvres. Les formes s’accouplent ou se superposent ; les couleurs bavent en une tentative d’hybridation. Une vie secrète et silencieuse se mène, délicate et gourmande. Figures seules où en dialogue de diptyques en polyptiques, ce monde invisible se révèle animé de son existence et de ses exigences propres, de ses osmoses aussi naturelles qu’impudiques. Surprenant et spontané, l’étrange herbier de Caroline Fontaine surgit des promenades solitaires, en chambre close, dans l’humidité de l’aquarelle, des techniques mixtes et inventées, des lois des hasards de la peinture.
texte de l'exposition " Minch- Chi" de Veronique Bouruet-Aubertot






"Spectacle intime"

 "Spectacle intime"

Si l’on regarde en soi qu’est-ce que l’on voit, de la viande, de l’eau, une machine de tissus organiques, d’os, de liquides. Les peintres sont les premiers à aller voir l’intérieur de la machine en panne (Michel-Ange fait déterrer des cadavres). Avec la technologie, notre imaginaire s’est enrichi de nombreuses images de l’intérieur, nous avons un spectacle intime qui est comme une cosmogonie inscrite en nous, les peintres préhistoriques rejouaient toute la cosmogonie des cieux en l’inscrivant sur les parois des grottes, en reproduisant le grand mystère extérieur dans la poche rupestre, pour eux le monde était concave, ils étaient à l’intérieur. L’époque a retourné le monde comme un gant, mis à jour l’intérieur. Le monde est convexe paraît-il, formé d’entités convexes qui s’éloignent les unes des autres.

Caroline Fontaine ne regarde pas vers l’extérieur en cherchant l’unité dans la différence comme Giacometti mais la variété dans le même, les formes cellulaires. Elle participe moins d’une tradition chrétienne ; l’Autre est moi-même, que d’une tradition asiatique: Je suis les autres (elle est d’origine vietnamienne). Dans Bâtissons une cathédrale, Enzo Cucchi disait qu’il faudrait retrouver une énergie prénatale. C’est ce que fait Fontaine avec sa peinture quand elle emprunte à l’organique des formes de protozoaires, de cellules, ou bien invente des petits monstres péniens en devenir dont on ne comprend pas encore à quelle espèce ils appartiennent. Toute une abstraction étrange de la vie embryonnaire, de la pulsation, de la secousse, du tremblement, de ce qui s’ébroue à la vie. Etres amphibologiques à l’état de passage, hybrides peu identifiables, qui s’ouvrent, se déplient, durcissent, se gonflent, se contractent, se rétractent, se hérissent, s’enroulent, luisants, rugueux, poilus, tachetés. Tout ce que vous auriez aimé voir sans jamais oser le regarder, le lien entre une amibe et nous ou bien entre un fabuleux amphisbène (serpent à deux têtes) et nous. Cette peinture nous trouble car elle n’est pas répugnante, elle a la légèreté d’une aile de papillon, transparente. Elle se regarde comme on tourne les pages d’un livre d’entomologie, émerveillé par la bizarrerie des spécimens inconnus.
texte de l'exposition "Minch-Chi" de Joël Brisse. Peintre, cinéaste.